Marguerite et Julien

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    L'AMOUR EST-IL PLUS FORT QUE L'INCESTE FRATERNEL ? - Depuis qu'ils sont enfants, Julien et Margurite, deux frère et soeur, s'aiment à la folie. Mais alors qu'ils grandissent, leur amour enfantin devient une passion dévorante et scandaleuse. Mais pour vivre leur amour au grand jour, ils sont obligés de fuir... Pour son quatrième film, Valérie Donzelli nous entraîne dans l'histoire d'amour de Marguerite et Julien, aussi passionnée que dérangeante, sulfureuse qu'inquiétante, en insufflant un vent de modernité pop dans l'histoire de Julien et Marguerite de Ravalet, qui, impliqués dans une relation incestueuse, avaient défrayé la chronique au début du XVIIe siècle.
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    Marguerite et Julien

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    (3.4 pour 18 notes)
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    PAYS:
    France
    DUREE:
    2h 23min
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    Marguerite et Julien: ADN

    Synopsis du film Marguerite et Julien

    Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s’aiment d’un amour tendre depuis leur enfance. Mais en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir…

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    MAYDRICK
    Le 27/10/2016
    22 critiques
    Qu’est-ce que le talent ?

    Voilà une réalisatrice dont les films posent bien la question. Comment s’exprime le talent ? Quel est son essence ? De quelle manière se décèle-t-il ? Valérie Donzelli a-t-elle du talent ? L’interrogation semble un peu vaste pour tenter d’y répondre de façon trop définitive.

    Avant cela, il faut rappeler que le critique est un révisionniste. Il a un devoir d’historien. Voir les films, c’est aussi les revoir. Comme on revoit son jugement, comme il est possible de renier des écrits, de voir les films comme si on ne les avait pas vraiment vus. Et si les films ni ne changent ni ne vieillissent (quoi qu’on en dise), leurs réalisateurs, eux, sont soumis à une évolution constante. Aussi, telle vision que nous avons d’un cinéaste peut se modifier, se compléter, se préciser, se diviser, se recomposer… Tout bon travail critique revêt la cape de l’impartialité et s’emmitoufle dans une croyance éperdue en la présomption d’innocence. Jamais, ô grand jamais, tu ne jugeras un film avant de l’avoir vu ! C’est sur ce principe préétabli d’honnêteté et de probité, que nous nous engageons sur les rives du nouvel opus d’une cinéaste qui nous déplaît. Comme toujours dans ces cas-là où la majorité semble se liguer contre vous, il est possible de se questionner sur ce qui vous aurait échappé chez cette artiste, ou s’il est possible que vous soyez passés à côté de films abominables et pourtant révérés de tous côtés. Si c’est sur cette tonalité de remise en question que vous vous devez d’aborder MARGUERITE & JULIEN, n’oubliez pas non plus de garder à l’esprit que Galilée était seul contre tous ! Le vrai et le juste n'est pas une question de nombre. Et puis, après tout, c’est comme ça. La critique dite professionnelle a régulièrement ses chouchous et Valérie Donzelli en fait partie. On ne devient pas forcément chouchou pour les mêmes raisons, mais pour ce qui est de Donzelli, ce sont essentiellement deux explications qui peuvent être avancées. D’abord, parce qu’en France on aime bien juger les intentions, et puis on aime bien les juger avec le cœur. Et ses films tapent clairement dans le mille. Songez à LA GUERRE EST DECLAREE : un père et une mère qui se battent pour sauver leur petit enfant atteint d’une tumeur au cerveau ! Beurk ! Evidemment, une fois couchée sur le papier, la critique atténue ces allants. Mais regardez l’émission « Le cercle » ou écoutez « Le masque et la plume » et vous comprendrez tout. Et pout finir, dites-vous bien que ceux que cette critique encense aujourd’hui seront les mêmes qu’elle piétinera demain. Il faut bien faire marcher la machine et nourrir le monstre, comme dirait le poète.

    Pour nous, tous les précédents films de Valérie Donzelli portent les stigmates d’un racolage de bas étage, d’un amateurisme non assumé et d’un perpétuel chantage à l’émotion. Le tout contrebalancé par une folle envie de tourner, de placer des idées, de faire et de réfléchir après. Nous allons voir qu’à partir de MARGUERITE & JULIEN, la réalisatrice commence à réfléchir sur la valeur cinématographique des choses, et qu’elle se heurte à la difficulté de les traduire en images. Et c’est pas mal. Bon, d’accord, c’est pas bien, mais c’est pas mal. Pour tout vous dire, c’est son meilleur film.

    Repartons de zéro. MARGUERITE & JULIEN c’est une histoire vraie. Enfin, c’est librement inspiré d’une histoire vraie. Personnellement, je ne connais pas. Je ne sais pas de quel bouquin c’est adapté. Je suis dans la position la plus favorable : je n’aurai pas à comparer entre le livre et le film. C’est aussi le meilleur moyen de voir le film pour ce qu’il est.

    Bon, je ne vous fais pas le pitch, je n’ai pas le temps, ça ne sert à rien et Allociné est là pour ça. Ce qui est important, c’est la mention « librement inspiré ». Valérie Donzelli a choisi de se détacher de la reconstitution historique pour s’axer à l’opposé de la minutie du film d’époque. La véracité documentaire cède la place à une reproduction mouvante (comme une légende qui serait colportée de bouche à oreille) et à un imaginaire à la fois intra et extradiégétique. Je m’explique.

    MARGUERITE & JULIEN c’est l’histoire d’une histoire. La toile de fond c’est un pensionnat de jeunes filles. En pleine nuit, dans leur dortoir, elles se racontent l’histoire de ces amants. Mais pas comme Valérie Donzelli va les filmer, c’est-à-dire de manière sombre, mélancolique et tragique. Pour les jeunes filles, l’histoire revêt un caractère aventureux, épique et romanesque. Une histoire de princesse en attente de son prince charmant qui doit venir l’enlever et l’emmener dans une contrée où ils pourront s’aimer librement, vivre longtemps et avoir beaucoup d’enfants. En somme, une histoire destinée à faire rosir les joues, embuer les pensées tristes et rêver d’une vie passionnée.

    Alors, pourquoi le pensionnat ? La réalisatrice pouvait très bien recentrer son récit uniquement sur l’histoire des amoureux. De plus, les allers-retours entre les deux narrations ne peuvent empêcher la sensation de deux histoires distinctes qui n’interagissent jamais. Aussi balourd que soit d’introduire des jeunes filles, cette idée ramène inévitablement à une pureté et une innocence proches de celles de Marguerite et Julien, à un âge où les grands sentiments et les soifs d’absolu ne prêtent pas à conséquence. Séparer deux amoureux ne peut être vécu que comme une injustice et leur exécution comme une tragédie. C’est comme un conte de fées que ces jeunes demoiselles vivent ce périple : émotions fortes, espoirs, rebondissements, communion silencieuse, opposition des bons face aux méchants, etc.

    Et lorsque Valérie Donzelli donne à voir les images de cette histoire-avant-de-dormir, elle précise des intentions qui seront très probablement incomprises. D’abord, elle a de l’ambition. C’est la première chose qui surprend tant ses autres films en étaient dépourvus. C’est même une ambition haute : elle veut arriver à donner naissance à un conte de fées réaliste. Et j’ai bien l’impression que sa référence c’est Jacques Demy, alors que les critiques citent plutôt volontiers d’autres réalisateurs référents de la Nouvelle Vague (François Truffaut en tête) pour essayer de cerner dans quel prolongement son travail s’inscrit. D’ailleurs, je pense que l’hélicoptère est une connexion tout à fait volontaire avec celui de PEAU D’ANE, autre conte de fées réaliste. Oui, MARGUERITE & JULIEN est plus proche de PEAU D’ANE que de MARIE-ANTOINETTE, mais je gage que beaucoup de critiques n’ayant pas la culture d’avant les années 70, feront plus volontiers le rapprochement avec le film de Sofia Coppola.

    Pour réussir son pari de conte de fées réaliste, Valérie Donzelli truffe son métrage d’anachronismes et de musiques pop. C’est de loin la meilleure idée du film. Dans un premier temps, cela produit quelque chose de complètement déstabilisant dans les repères historiques auxquels le spectateur est tenté de s’accrocher. Autant cela fonctionne parfaitement avec la musique qui n’a jamais eu à répondre à la temporalité des images, autant le mélange d’objets anachroniques semble inabouti. Pour la musique, il faut bien comprendre qu’apposer un son sur une image permet de jouer avec l’émotion à susciter. En l’occurrence, dans MARGUERITE & JULIEN, la musique pop permet d’accompagner et de renforcer ce que vivent les personnages. Mais, quand l’anachronisme se voit à l’image, il pose forcément la question de l’idée qui l’accompagne. Et pas grand-chose ne paraît évident, si bien que nous avons constamment l’impression qu’ils sont disséminés au hasard, qu’ils servent de décorum. Pourquoi utiliser un micro dans la salle d’audience et pas de photographie sur l’avis de recherche ? Comme ils sont ponctuels, leur présence focalise une interrogation aigüe, une signification d’importance ou de symbolisme qu’ils ne possèdent pas. Je veux dire par là, que leur multiplication, probablement dans chaque plan, aurait été bien plus efficace pour faire ressortir l’étrangeté ou le merveilleux.

    Nous pouvons alors commencer à nous poser la question de la nature des séquences dans l’orphelinat. Est-il question d’une histoire qu’on a l’habitude de se raconter entre filles ? Serait-ce une histoire que l’une d’entre elles invente ? Ou une histoire qu’elle a entendue et qu’elle revisite selon son interprétation ? Une histoire interactive ou chacune peut intervenir et prétexter connaître vraiment ce qu’il s’est passé ? C’est probablement un peu tout cela que Valérie Donzelli a cherché à mettre en place. Une histoire instable, changeante au fil des ans. Gardant ses caractéristiques principales, en occultant d’autres, rajoutant des morceaux d’autres époques, constituant un patchwork collaboratif qui traverse les âges, où certaines greffes permettent de mieux révéler l’histoire et d’autres, que nous ne connaîtrons pas, laissent au matériau brut le soin de décrire ce que rien d’autre ne peut améliorer. Finalement, cette histoire de Marguerite et de Julien devient un conte hybride où la réalisatrice laisse sa fantaisie décolorer l’ensemble, et par de nouvelles strates ou quelques enjolivures (c’est ainsi que nous parlent les dessins rajoutés sur l’affiche, mais aussi les insertions musicales proches du vidéoclip), donne un coup de pinceau suprême à cette histoire dont la mutation ne semble pas terminée. MARGUERITE & JULIEN serait un conte en perpétuel devenir, une histoire capable de nous faire croire qu’à sa prochaine vision elle nous racontera grosso-modo la même chose, mais probablement pas de la même façon.

    Le principal manque que crée MARGUERITE & JULIEN est en rapport direct avec le postulat de départ, essentiel pour faire battre le cœur de l’histoire. Valérie Donzelli peine à retranscrire l’amour que se portent Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm. Et c’est un vrai problème puisque c’est de là que découle tout ce qui va leur arriver. Les acteurs ont beau se tenir par la main, se lancer des regards, se livrer à des jeux sensuels, verbaliser leurs sentiments, rien ne passe. Tout au plus leur attirance peut s’avérer concrète, mais la partie inexprimable, celle qui se vit, se ressent et permet d’être submergé par ses émotions, tout cela n’existe pas, ne prend pas, ne s’incarne pas.

    En cause, une mise en scène qui manque d’ouverture, de poésie, d’indicible. Pourtant, quelques idées sont plutôt bien exploitées, comme le plan en surimpression où Jérémie Elkaïm ramasse le corps inerte de son aimée. Nous aurions aimé que leur amour prenne corps de la sorte mais, pour cela, encore eut-il fallu que Valérie Donzelli prenne le temps de s’attarder sur les incontournables de son scénario, qui nécessitent un développement accru. D’une manière générale, toutes les scènes du film sont courtes et, fatalement, certaines sont trop courtes face à l’enjeu de l’émotion qu’elles sont censées créer. Certaines scènes doivent s’imposer comme des charnières et donc prendre plus de temps que d’autres. Ce sont elles qui vont instiller petit à petit l’amour qu’ils se portent, comment il grandit, comment il reste vivace, quel degré il atteint, à quel point il est source de bonheur pour eux etc. Mais tout est toujours raccourci ou coupé trop tôt au montage (ce qui pourrait être un bon point car, en général, c’est plutôt l’inverse dans les films français). Nous en venons à croire et d’une, que Valérie Donzelli a une peur effrénée d’ennuyer le spectateur (d’où un montage toujours très sec, voire saccadé, allié à des plans très courts et beaucoup d’axes de caméra changeants), et de deux, qu’une de ses limites est l’exploration des sentiments, l’impossibilité d’aller toucher au cœur des choses, de faire comme Bergman pour être schématique. En tant que spectateur, nous en aurions besoin. Pas quel fasse du Bergman, mais qu’elle arrive à s’approcher d’une forme de ressenti, qu’elle capte les élans du cœur, les tourments intérieurs…

    D’autre part, elle n’aide pas beaucoup ses comédiens et, par là, ne facilite pas sa mise en scène. Je trouve Jérémie Elkaïm très mal dirigé dans cette posture où il n’aurait pas grand-chose à faire du fait de son statut de prince charmant, qui serait suffisant pour sécréter l’admiration dans les yeux d’Anaïs Demoustier. Le personnage est traité comme une sorte de jeune premier issu du théâtre classique, ce qui lui donne un caractère transparent, qui fonctionne à peu près en mode « récepteur de l’amour qu’on me porte » et beaucoup moins en mode « instigateur ». Anaïs Demoustier, elle, est clairement une erreur de casting. C’est son physique qui la trahit. Si elle a évidemment le physique de l’emploi, elle n’en a pas le volume de jeu. Elle reste interdite à chaque fois que la fougue, l’irraisonné ou la fantaisie doit s’emparer d’elle. C’est généralement ce qui peut la faire passer pour une actrice pingre, mais, de fait, c’est parce qu’il s’agit d’une actrice de retenue. Il n’y a qu’à voir le moment où son mari lui ordonne de lire la lettre de son père, juste après la mort de je-ne-dirai-pas-qui. Sur cette séquence, elle est beaucoup plus à l’aise, et jamais aussi touchante à aucun autre moment du film. Justement parce qu’elle essaie de ne pas montrer les émotions qui la perturbent, et qu’elle tente de retarder les pleurs au maximum. A ce jeu-là, elle est très douée.

    Du coup, difficile d’être en accord avec ce couple à l’écran dont l’amour est plus imposé qu’exprimé. Puisque Valérie Donzelli s’est escrimée à concevoir formellement un univers différent, je pense qu’elle aurait tout aussi bien fait d’en tisser des correspondances avec l’intériorité de ses personnages, qu’ils soient soumis à des émotions qui s’expriment tout aussi différemment, jouant sur la bizarrerie, l’énigmatique, le rocambolesque, l’enchanteur ou pourquoi pas le baroque.

    Pour en finir sur le reste du casting, certains seconds rôles sont vraiment beaucoup plus incarnés que les protagonistes. Frédéric Pierrot est toujours aussi investi et laisse très bien transparaître ses antagonismes. Aurélia Petit, précise comme à son habitude. Elle aurait mérité une crise de pleurs plus longue, prise en amont pour être plus juste. Soulignons aussi les belles interprétations de Catherine Mouchet et de Bastien Bouillon (déjà très bon l’année dernière dans LE BEAU MONDE). Sami Frey, lui, est assez insupportable. Très Norme Française. Sans invention, sans surprise, sans désir. Cela devient vraiment détestable tous ces comédiens à la Michel Bouquet qui n’acceptent plus que de refaire ce qu’ils ont déjà fait. D’autant plus quand on sait ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont devenus. Soupir. Et je gardais la meilleure pour la fin : Géraldine Chaplin. Très peu présente à l’écran. Pas beaucoup de texte. Et parfois, seule sa présence suffit à enrichir définitivement une séquence qui se cherchait. Toutes ses apparitions font mouche et par une seule réplique son personnage se dessine, par une seule intention les enjeux deviennent limpides, par une seule intonation elle fait naître l’émotion. Personnage à la partition ciselée, d’une exactitude redoutable, mu par des desseins multiples. Elle se permet aussi d’apporter une touche d’humour en filigrane, bien que le personnage ne soit pas écrit de la sorte. Chacune de ses apparitions aère indéniablement le film. Splendide.

    Si tout cela ne contribue pas à submerger le spectateur d’émotions, il faut aussi trouver une cause dans les partis pris scénaristiques de Valérie Donzelli.

    S’il s’agit bien d’amour et non pas de passion (cela aurait été plus compréhensible dans ce cas-là), c’est bien plus l’histoire de Marguerite et Julien qui l’intéresse que l’enjeu sociétal qui l’entoure. Car Marguerite et Julien sont frère et sœur. Ils pratiquent donc ce que l’on nomme un inceste. Un inceste consenti, mais répréhensible devant la loi des humains. Dans le langage de Valérie Donzelli, cela ne fait pas tellement de différence. C’est l’histoire d’amour qui importe. Et si elle est interdite par la loi, le film défend la possibilité d’aimer autrement. Il ne s’attarde jamais sur l’inceste en lui-même, comme si la réalisatrice cherchait tous les moyens pour ne pas rentrer dans des connotations sociales qu’elle n’a pas envie/ne sait pas développer. Ce faisant, elle opte bien pour un sujet mais pas un propos. Elle préfère filmer une histoire d’amour plutôt qu’une histoire d’inceste, et escamote des données essentielles qui doivent pourtant avoir un impact majeur sur les personnages. Notamment le danger. C’est un aspect primordial qui doit être notifié et quantifié. Pour bien rendre compte de la cruauté de ce qu’ils vivent, il est nécessaire que leur amour se mesure en contrepoint de ce qu’on leur oppose. Mais pour cela il faut affronter les problèmes à bras-le-corps, il faut aller au fond des choses, donner plus de temps aux scènes et mener une direction d’acteurs plus inventive.

    Or, si nous regardons attentivement de quoi se compose le film, nous pouvons nous apercevoir que Donzelli essaie souvent (plus que la moyenne des films français), mais qu’elle échoue souvent aussi.

    Dès le début, le générique alerte et dynamique voudrait imprimer cette marque savoureuse et allègre. Mais il ne suffit pas de quelques moments. Il faut entretenir constamment la flamme et remettre cent fois son ouvrage sur le métier. En fait, à l’image de ce générique, le film nous plaît dans ce qu’il a de plus fiévreux. C’est aussi ce que Valérie Donzelli a toujours le mieux réussi dans ses autres films. A chaque fois qu’elle combine musique et images dans un mouvement, une rapidité, une fuite, une envie de bouffer la vie, de vivre plus fort, elle se rapproche d’une conception de vidéoclip parfaitement adaptée, et qui retranscrit idéalement les états intérieurs de ses personnages (très bon choix que le « Oh my love » des Artwoods). C’est pour cela que je parlais de Demy plus haut. La musique (ou la chanson) comme expression d’une vie intérieure. Valérie Donzelli devrait faire de la comédie musicale, je suis persuadé qu’elle s’y révèlerait.

    A l’opposé de ces quelques moments d’une grâce toute relative, la technique ne suit pas et s’embourbe. Le son est ignoblissime. Jamais retravaillé, mais bon, comme sur la majorité des productions françaises. L’utilisation de la voix off est à pleurer. Inutile et bouche-trou, elle empêche toute pointe de lyrisme ou de poésie qui pourrait surgir d’une idée capable d’exprimer visuellement ce qui passe ici par les mots. C’est un cas d’école, pourtant. Vous pourrez aussi noter quelques points de montage très maladroits (par exemple, lors de la première confrontation entre Frédéric Pierrot et Sami Frey, je vous laisse trouver par vous-mêmes, c’est monstrueusement visible). D’une manière générale, j’ai déjà parlé plus haut de ce montage, utilisé pour la plus mauvaise raison qui soit. Le spectateur se retrouve constamment en lutte contre lui, il n’a pas le temps d’être submergé par la force de l’histoire parce qu’on ne le lui permet pas. Et bizarrement, des scènes de transition très brèves et complètement inutiles viennent parfois s’insérer inexplicablement. Scénaristiquement, nous pouvons aussi noter quelques détails qui nous font sursauter sur notre fauteuil, comme cette fameuse scène de poursuite par des chiens et puis, soudainement, les chiens se mettent à renifler une autre piste alors que Marguerite et Julien sont cachés derrière un arbre à dix mètres de là. Il fallait oser ! Et puis la photographie de Céline Bozon n’est pas en reste. Morne et desséchée, elle ne parvient pas à se hisser au niveau hormonal de la musique pop, par exemple. Elle ne respire pas la joie de vivre et, là aussi, inexplicablement, surgissent certains plans mieux éclairés que d’autres, qui font immédiatement la différence. Je pense tout particulièrement au moment où les deux amants se retrouvent en pleine nuit dans la serre et où la lumière du dehors les éclaire, créant un contraste saisissant. C’est très très beau, mais c’est trop rare. (Finalement, à bien y réfléchir, c’est assez explicable. A l’arrivée sur les lieux, la serre étant l’élément qui attire le plus l’attention, elle stimule forcément l’imaginaire si bien que les idées pour l’éclairer ne doivent pas être si compliquées que cela à trouver. C’est toujours le banal qui reste le plus difficile à mettre en valeur.) Eh bien, même avec une photographie au summum lors de cette séquence, Valérie Donzelli fait le mauvais choix de la caméra à l’épaule qui anéantit toute la légèreté de la scène et rompt sa fluidité. C’est à l’image de ce qu’est MARGUERITE & JULIEN tout du long. Un film qui bénéficie d’un scénario alléchant, de comédiens volontaires et appliqués, de plusieurs bonnes idées, d’une grosse envie de création aux objectifs limités, mais Valérie Donzelli se tire elle-même une balle dans le pied la plupart du temps. A mon sens, le meilleur exemple est le plan sur lequel le film doit se terminer. Quelques minutes avant la vraie fin, elle réussit parfaitement à coordonner le montage et la montée en puissance de l’émotion qui atteint un climax très impactant. Cette scène aurait une force colossale si le film se terminait ici (j’essaie de coder la séquence pour ne pas trop en dire). Eh bien, Donzelli rajoute encore deux séquences inutiles (tout du moins à ce stade-là, car s’il est vrai que la toute dernière fonctionne bien, elle est interchangeable et pouvait, pourquoi pas, intervenir au début du film), et par une fin à rallonge (là encore, un fléau) amoindrit considérablement une fin bien plus forte qui lui tendait les bras. Faire un film, c’est un peu comme prendre part à un match de boxe. Il ne suffit pas de donner des coups, encore faut-il les asséner au bon endroit et au bon moment.

    Je ne terminerai pas sans parler d’un effet de style anecdotique, mais qui lui vaudra sûrement quolibets et autres brimades des critiques de la profession. Cela concerne les images arrêtées qui démarrent certains plans. (Pour ceux qui n’ont pas vu le film, il s’agit de plans pendant lesquels les acteurs sont à l’arrêt en plein mouvement alors que la caméra panote. Ces plans sont « live », c’est-à-dire qu’on ne parle pas là de pause obtenue en postproduction. Les acteurs ne bougent pas même si on les sent bouger, respirer imperceptiblement, dans l’attente de débuter la scène de manière commune). Au même titre que les divers anachronismes, les critiques pourront trouver cela ridicule voire grotesque, ils se seront arrêtés au côté dysfonctionnel du procédé. S’il est avéré qu’il n’est pas satisfaisant dans sa mécanique, peut-on réellement penser que Pauline Gaillard au montage n’ait pas été de cet avis ? Que Valérie Donzelli fut persuadée qu’au contraire cela fonctionne parfaitement ? Certainement que non. Et certainement que toutes les personnes à qui elles ont demandé leur avis ont toutes répondu la même chose. Alors pourquoi avoir gardé ces effets alors qu’il était si simple de les couper et de commencer les scènes dès que les personnages s’animent ? Comment peut-on penser qu’une telle évidence ait pu ne pas sauter aux yeux des principales personnes concernées ? Peut-on vraiment se définir comme un critique érudit en croyant déceler une chose que tout le monde remarquera, et sans chercher à interpréter le sens d’un tel effet ? Je dis ça, je dis rien, vous avez maintenant quelques indices pour réfléchir…

    S’il y a dans le nouveau film de Valérie Donzelli certaines choses qui nous empêchent de le détester autant que ses opus précédents, c’est parce qu’elle s’est délestée d’une malhonnêteté inconsciente. En commençant à mesurer ce qui la sépare des réalisateurs avec lesquels certains la comparent, elle essaie de domestiquer l’outil cinématographique et de combler son retard par des propositions malheureusement sans fondations. Comment naît une émotion au cinéma ? Comment se transmet-elle ? Quel est le vecteur essentiel entre ce que ressentent les protagonistes et son impact sur le spectateur ? Voilà des pistes de réflexion inabouties qui handicapent sérieusement MARGUERITE & JULIEN. Mais, comme nous aimons à le répéter ici, nous préfèrerons toujours celui qui tente à celui qui recopie. C’est pour cela qu’il existe deux sortes de réalisateurs, ceux qui se parfument avec Hugo Boss et ceux qui portent des Nike. Ceux qui n’imitent pas et qui innovent, face à ceux qui se contentent de faire.

    C’est sûr, Valérie Donzelli évite le piège du pittoresque du film d’époque. C’est sûr qu’elle oublie de clore le chapitre dans le dortoir avec les jeunes filles (c’est vrai, pourquoi à moment donné décide-t-elle de ne plus s’en occuper ?). C’est sûr aussi qu’on peut être rebuté par les accointances cinématographiques dont elle se réclame, mais à la différence d’un Christophe Honoré elle essaie plutôt de s’inspirer que de faire des déclinaisons. Et ce qui est tout aussi sûr c’est que si on s’inspire librement d’un texte, il faut avoir une ambition au moins égale à celle de l’œuvre originale. C’est à ce moment-là qu’on exerce son talent. Et c’est la seule échelle connue qui permet de l’évaluer.

    * * * * *

    EDIT [11 décembre 2015] : « Un film qui bénéficie d’un scénario alléchant, de comédiens volontaires et appliqués, de plusieurs bonnes idées, d’une grosse envie de création aux objectifs limités, mais Valérie Donzelli se tire elle-même une balle dans le pied la plupart du temps. A mon sens, le meilleur exemple est le plan sur lequel le film doit se terminer. Quelques minutes avant la vraie fin, elle réussit parfaitement à coordonner le montage et la montée en puissance de l’émotion qui atteint un climax très impactant. Cette scène aurait une force colossale si le film se terminait ici (j’essaie de coder la séquence pour ne pas trop en dire) ».
    Et je me demande bien pourquoi je prends la peine de coder tout cela si les critiques institutionnalisés (ou, tout du moins, payés pour exercer cette fonction) ne prennent pas leurs précautions et n'hésitent pas à révéler la fin. Je découvre à l'instant l'émission « Le cercle » du 04 décembre 2015 (animée par Frédéric Beigbeder et diffusée sur Canal +) qui vous dispense d'aller voir le film en salle, puisque l'une des personnes invitées mentionne au cours d'un échange comment finissent Marguerite et Julien. Cette personne s'appelle Marie Sauvion. Chapeau, l'artiste !

    Site web:  http://maydrick.over-blog.com/2015/11/marguerite-julien-de-valerie-donzelli-2015-france.html
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